Stratégie de compensation TDAH : ce qu'être solide coûte
On vous a toujours dit que vous étiez solide. Ce que personne ne voyait, c'est la stratégie de compensation qui tenait tout cela, et ce qu'elle vous demandait. Voici ce qu'on en sait, ce qu'on ne sait pas encore, et pourquoi, avec la périménopause, ce qui tenait peut se mettre à lâcher.
On vous a toujours dit que vous étiez solide
Sérieuse. Fiable. Celle sur qui on peut compter. Vous l'avez pris pour un compliment, et de l'extérieur, c'était vrai.
Ce qu'on voit : les listes, les systèmes, relire avant d'envoyer. Une femme organisée.
Ce qu'on ne voit pas : une vigilance qui ne s'arrête jamais. Derrière chaque chose qui tient, il y a quelque chose que vous faites pour qu'elle tienne. Et cette part-là ne se voit sur aucun agenda.
Ce que vous ne voyez pas comme un effort
Vous ne le voyez pas comme un effort. Vous le voyez comme vous.
C'est ce qui rend cette compensation psychologique difficile à repérer, même pour soi. On n'a jamais de point de comparaison sur le fonctionnement de son propre cerveau, parce qu'on n'a que le sien. Et comme vous pensez que tout le monde en fait autant, vous ne vous plaignez de rien.
Quand on paie depuis toujours, on finit par croire que c'est le prix normal pour tout le monde.
Ce qu'on sait : la stratégie de compensation, selon la recherche
Deux chercheuses, Livingston et Happé, ont décrit la compensation dans le TSA. Ce sont des stratégies souvent invisibles, qui améliorent ce qui se voit. Ce qui est en dessous, lui, ne change pas.
Dans leur modèle, compenser mobilise des ressources qui ne sont pas infinies. Quand elles s'épuisent, la compensation lâche.
Ce qui se voit s'améliore. Ce qui est en dessous reste.
C'est un modèle proposé par ces chercheuses, pas une mesure. Il rejoint ce que j'observe au cabinet, chez certaines femmes que j'accompagne.
Ce qui est mesuré, en revanche, va dans le même sens. Une méta-analyse de 2024 sur le camouflage chez des personnes TSA montre que plus une personne compense, plus les scores de dépression et d'anxiété montent. Ce sont des corrélations : elles ne disent pas que la compensation rend dépressive, elles disent que les deux vont ensemble.
TDAH, femme adulte, fatigue : le samedi, vous récupérez de la semaine
Pas de ce que vous avez fait. De ce que ça vous a coûté de le faire comme les autres.
Le bruit, les réunions, tout ce que tout le monde supporte. Une stratégie de compensation, TDAH ou TSA, ne s'arrête pas à la sortie du bureau : elle peut laisser une fatigue qui ne correspond pas à la journée vécue.
Une facture qu'on ne vous montrait pas.
Ce qui change à la périménopause
Pendant des années, ça tient. En partie parce que votre cerveau compte sur vos hormones pour fonctionner. L'œstradiol agit aussi dans le cerveau, notamment sur la dopamine, un messager de l'attention et de l'élan (un mécanisme surtout montré chez l'animal).
Puis vient la périménopause. Vos hormones deviennent aléatoires, en dents de scie.
Rien n'a changé autour de vous. Vos listes ne suffisent plus. Ce que vous gériez très bien vous met sous pression. Et de l'extérieur, personne ne voit rien. Cette fatigue de la périménopause, on peut la mettre longtemps sur le compte du stress.
Ce qui se passe vraiment
Ce n'est pas vous qui lâchez. C'est la dette qui est appelée.
Des décennies d'efforts invisibles, payés à crédit. Et parfois, en dessous, un fonctionnement que personne n'avait pu voir, parce que vous le compensiez : un TDAH, un TSA ou un haut potentiel HPI.
Et si la compensation cachait un fonctionnement ?
Une femme qui a toujours tout préparé un peu plus que les autres, qui revérifie, qui s'épuise après une journée pourtant sans accroc, pourrait ne pas seulement être « très consciencieuse ». Il arrive que cette stratégie de compensation recouvre un fonctionnement neuroatypique jamais identifié, TDAH ou TSA, parfois avec un haut potentiel HPI qui aurait aidé à compenser plus longtemps. Ce serait alors la périménopause, en retirant une partie de l'appui hormonal, qui rendrait visible ce qui était tenu. Ce n'est qu'une hypothèse, et elle ne se tranche pas seule : le diagnostic relève du médecin. Mais si cette description vous parle, la question mérite d'être posée, et c'est ce que l'on regarde ensemble en exploration des fonctionnements neuroatypiques, au cabinet à Paris 16 ou en visio.
Ce qu'on ne sait pas encore
Le modèle de Livingston et Happé porte sur le TSA, et il n'a pas été mesuré tel quel. La méta-analyse sur le camouflage porte sur des personnes TSA, et ses résultats sont des corrélations à un moment donné.
Surtout, aucune étude n'a encore suivi ce que deviennent ces stratégies compensatoires, TDAH ou TSA, quand les hormones bougent. Une revue systématique de 2025 sur le TDAH et les hormones sexuelles chez la femme n'a trouvé aucune étude empirique sur le TDAH pendant la ménopause elle-même.
Le lien entre la compensation et la périménopause se voit au cabinet. Il reste à mesurer.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
→ Faites la liste de ce que vous faites pour tenir. Les relectures, les répétitions, ce que vous ne comptiez pas comme un effort.
→ Regardez votre samedi. Ce dont vous récupérez dit ce qui vous coûte.
→ Retirez un effort, pas tous. Et observez ce que votre corps en dit.
Mettre un mot ne suffit pas
Mettre un mot sur ce qu'on vit est un début, et c'est précieux. Mais comprendre ne suffit pas à changer : le corps continue de payer. Ce qui change la suite se joue aussi dans le corps, le souffle, le système nerveux. C'est là que je travaille.
Pour aller plus loin : l'histoire du marchepied, quand le perfectionnisme est une compensation ; la fatigue sociale, si un simple café vous vide ; le masking, son versant social. Et tout le cadre sur la page La dette d'adaptation.
Ce n'est pas vous qui lâchez. C'est une compensation tenue depuis toujours, que vos hormones ne garantissent plus. J'appelle ça la dette d'adaptation.
Envoyez cet article à celle qui a toujours été la plus solide d'entre vous.
Si vous vous reconnaissez
Je vous reçois au cabinet, à Paris 16, ou en visio.
En consultation, une heure, on relie ce qui se passe dans votre corps, vos hormones, votre système nerveux et vos émotions, et vous repartez avec ce que vous mettez en place au quotidien.
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Prenez soin de vous,
Amélie
Sources
Bendis PC et coll. The impact of estradiol on serotonin, glutamate, and dopamine systems. Frontiers in Neuroscience. 2024;18:1348551.
Khudiakova V et coll. A systematic review and meta-analysis of mental health outcomes associated with camouflaging in autistic people. Research in Autism Spectrum Disorders. 2024;118:102492.
Livingston LA, Happé F. Conceptualising compensation in neurodevelopmental disorders: Reflections from Autism Spectrum Disorder. Neuroscience and Biobehavioral Reviews. 2017;80:729-742. DOI 10.1016/j.neubiorev.2017.06.005.
Osianlis E, Thomas EHX, Jenkins LM, Gurvich C. ADHD and Sex Hormones in Females: A Systematic Review. Journal of Attention Disorders. 2025;29(9). DOI 10.1177/10870547251332319.

