Prise de sang en périménopause : ce qu'elle ne dit pas

Vous avez fait une prise de sang pour comprendre ce qui vous arrive, et les résultats sont revenus normaux. Le soulagement dure peu : si tout est normal, d'où viennent la fatigue, l'humeur qui bascule, les nuits hachées ? En périménopause, une prise de sang normale ne veut pas dire que vous avez tout inventé. Voici ce qu'un dosage peut montrer à ce moment de la vie, ce qu'il ne peut pas montrer, et ce qu'on regarde à la place, ensemble.

Une seule image d'un mouvement

En périménopause, les hormones ne baissent pas en pente douce. L'œstradiol monte, redescend, remonte parfois en fin de cycle, pendant que la progestérone s'efface peu à peu. Ce sont des montagnes russes.

Un dosage fait un matin, à un moment du cycle, n'en saisit qu'un instant. Quelques jours plus tard, le même dosage aurait pu donner un autre résultat.

Les études le confirment. Pendant la transition, l'œstradiol varie beaucoup d'un cycle à l'autre, et ne baisse vraiment de façon durable que tard (Butler et Santoro, 2011). Une étude a même retrouvé une seconde montée de l'œstradiol en fin de cycle dans plus d'un tiers des cycles avec ovulation de la transition (Hale et coll., 2009).

Le détail de ces variations est dans deux autres articles :

→ Périménopause et cycle court : ce qui se passe vraiment

→ SPM en périménopause : ce qui revient chaque mois

Ce que disent les recommandations

Les recommandations françaises publiées en 2021 par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français et le Groupe d'étude sur la ménopause et le vieillissement hormonal le disent clairement : dans la situation habituelle, aucun dosage hormonal ni aucune imagerie n'est indiqué (Rousset-Jablonski et coll., 2021). La période se reconnaît d'abord à ce que vous vivez et à ce que vous racontez.

Une prise de sang peut servir à vérifier d'autres choses, et c'est votre médecin qui en juge. Mais elle ne sert pas à dire si vous êtes en périménopause.

Le même mouvement, deux réactions

Une équipe de chercheurs américains travaille depuis longtemps sur une question simple : pourquoi certaines femmes vivent très mal les variations hormonales, et d'autres presque pas ?

  • Avant les règles. Chez des femmes qui souffraient d'un syndrome prémenstruel, les symptômes revenaient quand on leur redonnait des hormones à des taux habituels ; chez les autres femmes, rien. Les auteurs parlent d'une réponse anormale à des variations hormonales normales (Schmidt et coll., 1998).
  • En périménopause. À l'arrêt de l'œstradiol, les symptômes dépressifs revenaient chez les femmes qui avaient déjà vécu une dépression pendant leur périménopause, et pas chez les autres (Schmidt et coll., 2015).
  • Le stress compte aussi. Les variations de l'œstradiol allaient avec davantage de symptômes dépressifs chez les femmes qui avaient vécu des événements très stressants (Gordon et coll., 2016).

Ce sont de petites études, sur des femmes sélectionnées, et aucune ne porte sur le TDAH ou le TSA. Mais elles convergent : ce qui sépare les femmes, ce n'est pas toujours le taux de leurs hormones. C'est la façon dont leur cerveau réagit quand ces taux bougent. Un résultat normal ne dit rien de cette sensibilité-là.

Et quand on compense depuis toujours

Certaines femmes tiennent depuis toujours. Organisées, fiables, toujours un coup d'avance, sans savoir ce que ça leur coûte. Chez elles, chaque secousse hormonale pourrait demander un effort de plus, parce qu'elle s'ajoute à une compensation de chaque jour.

Ce n'est pas vous qui lâchez. C'est une compensation tenue depuis toujours, que vos hormones ne garantissent plus. J'appelle ça la dette d'adaptation.

Derrière cette compensation, il y a parfois un TDAH, un TSA ou un haut potentiel HPI jamais identifié. C'est une hypothèse à regarder, jamais une conclusion :

→ L'exploration des fonctionnements neuroatypiques

Ce qu'on regarde ensemble, en consultation

En consultation, on ne lit pas un chiffre. On regarde comment vous vivez ces variations, sur la durée.

  • Vos semaines : quels jours sont lourds, avec quelle intensité, ce qui revient. Le relevé sur trois cycles, à télécharger dans l'article sur le SPM, sert de point de départ.
  • Ce qui alourdit : une nuit courte, une semaine trop pleine, le bruit, les sollicitations.
  • Le système nerveux : apprendre à le faire redescendre avant que ça déborde, plutôt qu'après.
  • Le sommeil et l'assiette : protéger les nuits, garder des repas réguliers, regarder ce que l'Ayurveda dit de votre terrain et de vos rythmes.
  • Les émotions : comprendre ce qu'elles disent, au lieu de vous reprocher de les ressentir.

Ce sont des pistes d'hygiène de vie et de régulation, ajustées à chaque personne, pas des recettes. Un résultat normal ne vous oblige pas à attendre que ça passe.

Ce qu'on fait avec le médecin

Le médecin pose le diagnostic, décide des examens utiles et d'un traitement, hormonal ou autre, quand il est indiqué. Ce travail vient en complément de ce suivi, jamais à sa place.

Pour commencer

Si vous voulez d'abord mettre des mots sur ce qui a changé, le carnet des femmes qui ont toujours tenu est offert. Moins de 10 minutes.

→ Recevoir le carnet

Pour tout ce que j'accompagne autour de cette période :

→ Périménopause et ménopause

Et si cet article vous fait penser à une amie qui attend ses résultats, envoyez-le-lui.

Sources

Butler L., Santoro N., Steroids, 2011. PMC3100375.

Hale G. E. et coll., Menopause, 2009. https://doi.org/10.1097/gme.0b013e31817ee0c2

Rousset-Jablonski C. et coll., Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, 2021;49(5):318-328 (recommandations CNGOF et GEMVi). https://doi.org/10.1016/j.gofs.2021.03.011

Schmidt P. J. et coll., New England Journal of Medicine, 1998. https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJM199801223380401

Schmidt P. J. et coll., JAMA Psychiatry, 2015. https://doi.org/10.1001/jamapsychiatry.2015.0111

Gordon J. L. et coll., Menopause, 2016. PMC4764412

Prenez soin de vous,

Amélie

Cet article ne remplace pas un avis médical.


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