Endométriose et émotions : ce que le corps raconte
Endométriose et émotions : y a-t-il un lien, voire une cause psychologique ? Le Dr Anne Gabard-Allard, gynécologue obstétricienne, a consacré une thèse de philosophie de la médecine à cette question. Ce qu'elle a observé, et ce qui reste à la médecine.
Beaucoup de femmes atteintes d'endométriose finissent par se poser une question, souvent seules, le soir.
Pourquoi moi ?
Le suivi est en place. Quelque chose reste sans réponse.
Une gynécologue l'a entendue toute sa carrière, et elle est retournée à l'université pour essayer d'y répondre. Je l'ai reçue dans L'Instant Innessence®. Voici ce qu'elle m'a dit, avec ses mots.
Le corps ne ment pas. Mais il ne parle pas notre langue.
Endométriose et émotions : la question que beaucoup se posent
Sur « endométriose et émotions » ou « endométriose cause psychologique », on trouve de tout, jusqu'à des listes qui assignent une émotion à chaque organe. La démarche du Dr Anne Gabard-Allard est plus lente, et plus honnête.
Elle a exercé une médecine centrée sur l'organe, « comme on [lui] avait appris ». Elle a vu s'accumuler des situations que les examens n'expliquaient pas, et des femmes qui lui demandaient pourquoi, au point d'envisager d'arrêter.
Elle a choisi autre chose : un master d'histoire des sciences, puis un doctorat en philosophie de la médecine. Sa thèse, « Notre santé au risque de notre histoire », a été soutenue à Nantes en 2017. Elle en a tiré un livre grand public, Mon corps raconte mon histoire.
Ce qu'elle a cherché : la propriétaire de l'organe
Elle s'est intéressée à l'organe, « c'est important de le faire bien entendu », et aussi à « la propriétaire de cet organe » : son histoire, sa lignée, son environnement, ce qu'elle avait traversé.
Elle a mené de longs entretiens, hors consultation, et en a tiré une idée centrale : les événements de vie nous marquent à travers les émotions qu'ils déclenchent. Deux personnes peuvent vivre la même chose sans en garder la même trace.
C'est exactement ce que je dis du trauma au cabinet : ce n'est pas l'événement, c'est ce qui en reste dans la personne.
Endométriose psychosomatique ? Ce que dit sa lecture
Sur l'endométriose, le Dr Gabard-Allard décrit ce qu'elle a retrouvé dans beaucoup des histoires qu'elle a écoutées : une représentation du féminin difficile à habiter.
Derrière ces mots, pas forcément une agression, précise-t-elle. Parfois une ambiance où l'on ne se sentait pas en sécurité, un regard malsain, une mère qui n'a pas pu tenir sa place. Et ce qui est lourd pour l'une ne l'est pas pour l'autre.
C'est l'interprétation d'une médecin, construite à partir d'entretiens. Ce n'est pas une preuve, et elle le dit elle-même : l'humain est singulier, on ne le prouve pas comme un résultat sur une cohorte. Et elle ne quitte jamais son « bagage de médecin » : la chirurgie et les traitements, « à ne pas délaisser ».
Parler d'endométriose psychosomatique ne veut donc pas dire « c'est dans la tête ». C'est l'inverse : la tête et le corps ne se séparent pas.
Endométriose et traumatisme : jamais elle ne fait le lien à la place de la femme
Sur le lien entre endométriose et traumatisme, ce qui m'a touchée, c'est sa retenue. « Ce n'est jamais moi qui fais le lien, je me refuse à faire le lien », dit-elle. Elle pose des questions, et c'est la femme qui fait, ou non, le chemin.
Vers la fin de ses entretiens, elle en pose une, qu'elle tient pour essentielle :
« Qu'est-ce que cette maladie pourrait venir vous dire de vous ? »
Elle parle aussi de la honte. Des femmes qui ont vécu une violence se reprochent de ne pas avoir crié ni fui. Elle leur explique que, quand la peur devient trop forte, le système nerveux peut figer, sidérer. Ce n'était pas un consentement. C'était une réponse de survie.
Une émotion n'est jamais ridicule
Elle le répète, et je le reprends à mon compte. Une émotion n'est ni bien ni mal. Elle est. Et pour l'apaiser, la première chose est de la nommer.
Pour le Dr Gabard-Allard, nos émotions sont nos alliées : la peur prévient du danger, la colère dit que quelque chose ne convient pas. Elles deviennent un problème quand elles durent des années avec la même intensité.
Ce que je fais au cabinet
Le médecin explore, pose le diagnostic et prescrit. L'endométriose se suit avec lui, et rien de ce que je fais ne vient à la place.
Mon travail se situe au quotidien : réguler un système nerveux qui vit sous stress, en alerte, depuis longtemps, reconnaître une émotion au lieu de la tenir, et l'Ayurveda, qui regarde le corps comme un équilibre à retrouver.
On ne cherche pas de coupable dans votre histoire. On cherche ce qui vous demande encore de l'énergie aujourd'hui.
Et si votre façon de tenir avait une histoire ?
Certaines femmes ont appris très tôt à ne pas déranger. Une douleur, elles la minimisent et s'organisent autour. Elles ont toujours tenu, et personne n'a demandé ce que cela leur coûtait.
Chez certaines, cette façon de s'adapter pourrait parfois s'expliquer par un fonctionnement neuroatypique jamais identifié, un TDAH, un TSA ou un haut potentiel HPI, longtemps compensé. Une grande étude suédoise (Gao, American Journal of Obstetrics and Gynecology, 2020) a d'ailleurs observé que le TDAH était environ deux fois plus souvent posé chez des femmes après une endométriose. C'est une association, pas une cause.
Ce n'est qu'une hypothèse, et elle ne se tranche pas seule : le diagnostic relève du médecin. Pour aller plus loin : TDAH et TSA chez la femme adulte : pourquoi un diagnostic tardif ?
Par où commencer
Ce que vous pouvez faire seule. Tenez un suivi de vos douleurs et de votre cycle, à apporter à votre gynécologue. Et, à côté, sans chercher de coupable, laissez-vous poser la question du Dr Gabard-Allard : qu'est-ce que ce corps pourrait vouloir me dire de moi ? Pour observer ce qui se passe en vous, j'ai écrit un carnet offert : Le carnet des femmes qui ont toujours tenu.
Ce que vous ne pouvez pas faire seule. Revenir sur une histoire lourde demande un cadre sûr, pas un article lu seule le soir.
L'accompagnement. Je reçois au cabinet, à Paris 16, et en visio, toujours en complément de votre suivi médical. La consultation.
La suite. L'épisode entier : Endométriose : ce que votre corps raconte de votre histoire, avec le Dr Anne Gabard-Allard. Ma présentation de son livre : Mon corps raconte mon histoire : Anne Gabard-Allard. Sa thèse, en accès libre : Notre santé au risque de notre histoire. Et : Quand le corps parle : stress chronique et santé globale.
Le corps ne raconte pas une faute. Il raconte un chemin.
Prenez soin de vous,
Amélie
Cet article ne remplace pas un avis médical.

