TDAH et TSA chez la femme adulte : pourquoi un diagnostic tardif ?

Ce que je vois au cabinet, et ce qu’en dit Audrey Akoun, psychopraticienne, dans L’Instant Innessence®.

Elle est celle qui n’oublie rien.

Les rendez-vous des enfants, les dossiers en cours, l’anniversaire de sa belle-mère. Tout est noté, anticipé, préparé à l’avance.

Et elle est fatiguée. Pas d’une fatigue qui passe avec une bonne nuit. D’une fatigue chronique, que ni le sommeil ni les vacances ne réparent.

Autour d’elle, personne ne voit rien. Elle non plus, pendant longtemps.

Je connais cette femme. Je la reçois au cabinet. Et je l’ai été.

Pendant des années, j’ai compensé sans savoir que je compensais. J’anticipais, j’organisais, je préparais, je surpréparais. Je tenais un rythme qui n’était pas fait pour mon fonctionnement, et je le tenais très bien. Une psychiatre a fini par poser les mots : un TDAH et un haut potentiel HPI. En pleine périménopause.

Ce diagnostic tardif, d’un TDAH ou d’un TSA (trouble du spectre de l’autisme), n’est pas une histoire rare chez la femme adulte. C’est pour cela que j’ai voulu en parler dans le podcast avec Audrey Akoun, qui accompagne des adultes au fonctionnement neuroatypique.

Plus une femme compense bien, moins on la voit. Et moins on la voit, plus elle paie.

Pourquoi le TDAH et le TSA passent inaperçus chez les filles

Selon Audrey Akoun, tout commence tôt. Un petit garçon agité se remarque en classe. Une petite fille en difficulté apprend vite à ne pas déranger : on attend d’elle qu’elle soit sage et souriante, et elle l’est. Ce qui se passe à l’intérieur cesse de se voir à l’extérieur.

Moi, je me décris comme une petite fille, puis une femme, « parfaite dans la perfection, dans de l’hypercontrôle de tout ». Personne ne s’inquiète d’une enfant parfaite. Personne ne regarde ce que la perfection lui coûte.

TDAH chez la femme adulte : organisée, donc pas TDAH ?

C’est une idée reçue tenace, et Audrey Akoun la démonte. Elle rappelle que beaucoup de femmes TDAH sont très organisées, justement. Les plannings, les listes, les routines strictes : c’est ce qu’elles ont construit pour tenir. Un professionnel qui ne connaît pas le TDAH au féminin voit l’organisation, et passe à côté de l’effort.

Elle parle aussi d’une agitation qui ne se voit pas, parce qu’elle est dans la tête. Le mental ne s’arrête jamais. Rien ne bouge à l’extérieur, tout s’use à l’intérieur.

Le masking chez la femme : ce qui ne se voit pas se paie

Pour le TSA, Audrey Akoun décrit le même mécanisme sous une autre forme. Les femmes concernées apprennent les codes sociaux en observant, et les appliquent si bien que rien ne trahit l’effort. C’est ce qu’on appelle le masking, ou masquage, ou camouflage. Il existe aussi dans le TDAH, quand l’organisation sert à cacher ce qui coûte.

Ce qui ne se voit pas ne disparaît pas pour autant. Cela se paie, en énergie, chaque jour. C’est ce que j’appelle la dette d’adaptation.

Diagnostic tardif chez la femme : ce que dit la recherche

Les femmes sont identifiées plus tard que les hommes. Une étude suédoise portant sur plus de 85 000 personnes avec un TDAH trouve un écart moyen d’environ quatre ans (Skoglund et coll., Journal of Child Psychology and Psychiatry, 2024).

Sur le coût de la compensation, deux chercheuses de Londres proposent un modèle : compenser mobilise des ressources limitées, et quand elles s’épuisent, la compensation lâche (Livingston et Happé, 2017). C’est un modèle, pas une mesure. Mais c’est exactement ce que je vois au cabinet.

Ce que la recherche ne dit pas encore, c’est ce qui se passe quand cette compensation rencontre la périménopause. Une revue publiée en 2025 n’a trouvé aucune étude empirique sur le TDAH à la ménopause (Osianlis et coll., Journal of Attention Disorders). C’est précisément là que je travaille.

TDAH, TSA et périménopause : quand la compensation lâche

Tant que mon terrain hormonal tenait, je pouvais financer ma compensation. La périménopause n’a rien créé. Elle a retiré le filtre.

Audrey Akoun invite à relire aussi le post-partum : un autre moment où les hormones bougent fortement, et où la fatigue est mise sur le compte du bébé et de la charge mentale.

Les femmes que je reçois à ce moment-là croient qu’elles se dégradent. Elles ne se dégradent pas. Elles découvrent un fonctionnement qui était là depuis toujours, et qu’elles payaient sans le savoir.

Ce que je regarde, ce sont les deux en même temps : ce qui relève des hormones, et ce qui relève d’un fonctionnement compensé depuis des décennies. Le traitement hormonal, quand il est indiqué, se décide avec votre médecin. Mon travail vient en complément, jamais à la place.

Hypersensibilité ou TDAH ?

Ce n’est pas forcément l’un ou l’autre. Au cabinet, poser le mot d’hypersensibilité est parfois déjà une grande étape. Les personnes que j’accompagne ont longtemps cru que tout le monde vivait comme elles. On n’a qu’un seul point de comparaison sur son propre fonctionnement : le sien.

Mais l’hypersensibilité n’est pas une catégorie à part. Elle accompagne souvent un TDAH ou un TSA, et s’arrêter à ce mot, c’est risquer de ne pas regarder plus loin. Audrey Akoun le dit dans l’épisode, et je le partage : c’est une porte d’entrée, pas une réponse.

Ce que ça change de savoir

Mettre des mots n’efface rien, et Audrey Akoun prévient : au début, cela peut ressembler à un deuil. Le deuil de l’image qu’on avait de soi, et parfois de la colère pour le temps perdu.

Pour moi, l’apaisement est arrivé avant tout le reste. J’ai compris que ce n’était ni un manque de volonté, ni un défaut de caractère. C’était structurel.

Ensuite, on peut travailler sur le bon terrain : respecter des besoins qu’on prenait pour des caprices, réguler le système nerveux, réorganiser le quotidien, sortir de la suradaptation.

Et changer un mot. Audrey Akoun propose de remplacer « trop » par « très ». Trop sensible, trop intense, trop dans sa tête : trop par rapport à qui ? « Très » décrit. Il ne juge pas.

Et si votre entourage ne voyait rien ?

Certaines femmes se décrivent hypersensibles depuis toujours. Une journée chargée se paie le soir, une conversation se rejoue dans la tête pendant des heures. Mais personne autour d’elles ne s’en doute : au travail, elles sont fiables ; en famille, elles tiennent tout. Leur entourage voit le résultat, jamais l’effort.

Derrière ce décalage, il pourrait y avoir un fonctionnement neuroatypique jamais identifié, un TDAH, un TSA ou un haut potentiel HPI, que la compensation aurait rendu invisible, y compris à leurs propres yeux.

Ce n’est qu’une hypothèse. Elle ne se tranche ni sur un article ni seule : le diagnostic relève du médecin. Mais si vous vous reconnaissez, la question mérite d’être regardée avec quelqu’un qui y est formé.

Par où commencer

Ce que vous pouvez faire seule. Regardez trois choses, sans conclure. Ce que vous coûte une journée sociale, en temps de récupération. Les périodes où vous avez lâché sans comprendre pourquoi. Et tout ce que vous avez construit pour tenir : les listes, les routines, le contrôle. Pour poser ces mots, j’ai écrit un carnet offert : Le carnet des femmes qui ont toujours tenu.

Ce que vous ne pouvez pas faire seule. Démêler ce qui vient des hormones et ce qui vient d’un fonctionnement compensé depuis longtemps. Il faut un regard extérieur, formé aux deux.

L’accompagnement. Je propose une exploration des fonctionnements neuroatypiques chez l’adulte, au cabinet à Paris 16 ou en visio, avec une lecture qui tient compte des hormones. Elle oriente vers un médecin quand c’est utile.

La suite. L’épisode entier : HPI, TDAH, TSA : pourquoi les femmes passent sous les radars. Et pour la périménopause : Périménopause et ménopause.

Ces femmes ne sont pas « trop ». Elles ont tenu longtemps, à un prix que personne ne voyait.

Prenez soin de vous,

Amélie

Cet article ne remplace pas un avis médical.

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