Deux femmes dans un café
Il est 18 h 30. Deux amies se retrouvent dans un café après leur journée de travail. Elles ne se sont pas vues depuis des semaines, et elles attendaient ce moment depuis le matin.
Pendant une heure, elles parlent. Une conversation intime, profonde, de celles qu'on n'a qu'avec sa meilleure amie.
À 19 h 30, elles s'embrassent et rentrent chacune chez elle.
La première passe une soirée calme, détendue. Nourrie par ce moment avec son amie.
La seconde aussi a passé un beau moment. Mais quand elle pousse la porte de chez elle, tout lui coûte.
Elle ne comprend pas. Elle a seulement pris un café avec sa meilleure amie.
Elles ont eu la même journée. Elles ont passé la même heure, au même endroit, avec la même personne. Et elle a le sentiment d'avoir vécu la même heure que son amie.
Ce n'est pas le cas.
Pour la première, il y a eu une belle conversation. Une vraie connexion, l'intimité d'un tête-à-tête.
Pour la seconde, il y a eu la même conversation, la même connexion. Et tout l'environnement en même temps.
Ce que son amie lui disait. Et en arrière-plan, sans arrêt, mille questions, parce que son cerveau ne s'arrête jamais. Est-ce que j'ai bien compris. Pourquoi elle a dit ça. Qu'est-ce qu'elle pense de moi.
Et autour d'elle, tout. Le couple qui se disputait à la table d'à côté, et la tension qu'elle sentait monter entre eux. Le serveur qui passait une mauvaise journée. La télévision allumée au-dessus du comptoir. Les émotions des autres, qu'elle capte sans le vouloir.
Son amie filtre sans y penser. Elle, elle ne trie pas : elle prend tout, à 360 degrés, autour d'elle et dans sa tête. Tout arrive en même temps, et son cerveau doit tout gérer. Analyser tout ça, en continu, pendant une heure, lui demande une énergie considérable.
Ce n'est ni un souhait ni un choix. Elle ne s'en rend même pas compte. Elle a toujours fonctionné comme ça.
En une heure, elle a reçu mille informations quand son amie en recevait cent.
C'est ça qui l'a épuisée. Pas le café. Pas son amie. Cette heure lui a coûté beaucoup plus d'énergie qu'à celle qui était assise en face d'elle.
Et elle aussi est repartie heureuse. Elle aussi a été nourrie par ce moment. C'est bien ce qui la déroute.
Et comme elle le fait parfaitement depuis toujours, rien ne s'est vu, pas même par elle.
Le seul endroit où elle peut relâcher tout ce qu'elle a tenu, c'est à la maison. Sur ceux qu'elle aime le plus.
Ses enfants, qu'elle avait hâte de retrouver, et avec qui elle perd patience pour un rien. Le repas, le bain, une question de plus, un bruit de plus. Elle n'a plus de place pour rien. Elle s'entend répondre sèchement, et elle s'en veut aussitôt.
Ce qu'elle se dit le soir, en se couchant
Qu'elle devrait arrêter de sortir en semaine. Qu'après une journée de travail, elle n'est plus capable. Qu'elle vieillit, peut-être. Qu'elle est trop fatiguée en ce moment, et que ça va passer.
Ça ne passe pas.
Je vous ai déjà parlé de la dette d'adaptation. C'est exactement ça.
Pendant des années, elle a pu payer. Elle récupérait le week-end, et le compte restait à l'équilibre.
Et puis, autour de la quarantaine, quelque chose bouge. Les hormones deviennent aléatoires, en dents de scie. C'est la périménopause.
Ce n'est pas la périménopause qui crée ce coût. Il a toujours été là. Ce qui change, c'est la capacité à le payer.
Et si vous vous reconnaissez en elle, entendez bien ceci : ce qui bouge alors, ce n'est pas votre sensibilité. C'est ce qui vous permettait de la financer.
Le même café, avec la même amie, coûte soudain beaucoup plus cher. Et la facture arrive le soir, à la maison.
Ce que ça change de le savoir
Il y a une image que j'utilise en consultation. Ce n'est qu'une image, pas une mesure.
Imaginez que vous commencez chaque journée avec un certain quota, comme un nombre de points. Des points pour les échanges, pour le bruit, pour les demandes, pour tout ce qui arrive en même temps.
Ce café avec votre amie, dans un endroit plein de monde, vous coûte en moyenne 10 points. Le même café, avec la même amie, chez vous, au calme, vous en coûte 2.
Et le soir, après une grosse journée, il vous en faut peut-être 5 pour le repas, le bain, les enfants. Si vous ne les avez plus, vous rentrez cramée, et la soirée à la maison devient un enfer. Vous finissez la journée exténuée.
Ce café-là vous coûtera toujours la même chose. Le savoir ne change pas le prix.
Ce que ça change, c'est que vous pouvez prévoir des sas pour récupérer des points, au lieu de creuser la dette un peu plus chaque soir.
Un trajet de retour au calme, plutôt qu'au téléphone. Un moment seule en rentrant, avant d'être de nouveau là pour les vôtres. Assez pour profiter pleinement de votre amie, sans le payer le soir sur ceux que vous aimez.
Et c'est arrêter de prendre un coût énergétique pour un défaut de fonctionnement. Arrêter de vous dire : les autres y arrivent, pourquoi moi je n'y arrive plus ?
Et vous, qu'est-ce qui vous coûte le plus de points ? Répondez simplement à cette lettre. Je lis tout, et je réponds.
Si vous vous êtes reconnue dans la seconde, vous avez sûrement une amie qui se dit la même chose en rentrant le soir. Envoyez-lui cette lettre. Elle comprendra pourquoi.
Dimanche prochain, je vous parlerai du mot qu'on vous a sûrement déjà donné pour tout ça. Hypersensible. Ou anxieuse. Et de ce qu'il ne dit pas.
Prenez soin de vous,
Amélie
Pour mon anniversaire, je vous ai offert le carnet des femmes qui ont toujours tenu. Si vous n'avez pas encore trouvé ces 10 minutes pour vous, il vous attend. Il ne vous dira pas ce que vous avez. Il vous aide à mettre des mots sur ce qui a changé.
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