Brouillard mental et ménopause : ce qui passe, ce qui reste

Série « Ce qu'on en sait ». Brouillard mental, trous de mémoire, peur d'un Alzheimer précoce : ce que la recherche a trouvé sur la mémoire à la ménopause, et ce qu'elle n'a pas encore regardé.

Les oublis. La fatigue. Ce brouillard qui ne se lève pas.

Des femmes en périménopause arrivent au cabinet avec cette phrase-là : « J'ai peur d'avoir un Alzheimer précoce. »

C'est la peur qu'on ne dit pas.

Le brouillard mental, qu'on appelle aussi brouillard cérébral, a pourtant été étudié chez les femmes en périménopause. Voyons ce qu'on en sait. Et ce qu'on ne sait pas encore.

Brouillard mental en périménopause : ce qu'on sait

Une grande cohorte américaine, SWAN, a suivi des femmes au milieu de la vie, avant, pendant et après la ménopause. Dans l'une de ses études, publiée par Greendale et ses collègues, des femmes ont repassé les mêmes tests cognitifs d'une année sur l'autre.

D'habitude, à force de repasser les mêmes tests, on progresse, parce qu'on connaît l'exercice. C'est ce qu'ont fait les femmes avant la périménopause, en tout début de périménopause, et après la ménopause.

Chez les femmes en périménopause tardive, cette progression s'arrêtait. Leurs scores ne chutaient pas. Ils cessaient simplement de monter.

Pas une chute. Une pause.

Elles étaient 2 362, testées chaque année pendant quatre ans. C'est une nuance qui compte. Dans cette étude, le brouillard mental à la ménopause ne ressemble pas à une mémoire qui se dégrade. Il ressemble à une progression qui marque le pas.

Combien de temps dure le brouillard mental ?

Après cette période, la progression revenait au niveau attendu.

Les auteurs écrivent que l'effet pourrait être limité dans le temps. Au conditionnel : c'est ce qu'ils ont observé, pas une promesse. Et ce qui revient, c'est la capacité à progresser d'un test à l'autre, pas une mémoire qui redeviendrait exactement comme avant.

Ce creux pourrait être passager.

L'étude ne donne pas de durée qui vaudrait pour chaque femme. Elle situe le phénomène en périménopause tardive, pas sur toute la périménopause.

Perte de mémoire à la ménopause : l'autre moitié de l'histoire

Une seconde étude, dans la même cohorte (Karlamangla et ses collègues), montre aussi un vieillissement cognitif lent au milieu de la vie, indépendant de la ménopause.

Les deux coexistent : un creux lié à la périménopause, et le vieillissement lent de l'âge, qui touche tout le monde et qui, lui, ne s'inverse pas.

Les deux sont vrais en même temps.

C'est pour cela qu'on ne peut pas résumer la perte de mémoire à la ménopause en disant que « tout revient ». Ce serait plus rassurant, et ce serait faux.

Pourquoi le brouillard pèse autant

Votre cerveau compte sur vos hormones pour fonctionner.

En périménopause, elles deviennent aléatoires, en dents de scie. Ce que vous faisiez sans y penser se met à demander un effort : retrouver un nom, garder le fil d'une réunion, tenir une liste de choses à faire dans la tête.

Ce brouillard a une explication biologique. Ce n'est ni de la paresse, ni un manque de volonté.

Ces variations se lisent aussi dans le cycle. J'en ai parlé dans cet article : Périménopause et cycle court : ce qui se passe vraiment.

Brouillard mental, TDAH et TSA : ce qu'on ne sait pas encore

Ces études ne regardent pas les femmes TDAH ou TSA, chez qui l'attention demandait déjà un effort bien avant.

Et ce brouillard peut ressembler à un TDAH sans en être un. D'où la question : qu'est-ce qui existait bien avant ?

Ces études ne disent pas non plus ce que le brouillard mental de la périménopause fait chez une femme dont la concentration tenait déjà à force de stratégies. Brouillard mental et TDAH peuvent se superposer, et la recherche ne les a pas encore regardés ensemble.

C'est cet endroit-là que je regarde.

Pour comprendre pourquoi un fonctionnement TDAH ou TSA peut devenir visible à ce moment-là : TDAH et périménopause : peut-il apparaître à l'âge adulte ?

Brouillard mental à la ménopause : que faire dès maintenant

→ Notez quand le brouillard arrive, sur trois mois, avec vos cycles. C'est aussi ce que votre médecin aura besoin de voir.

→ Repérez ce qui le charge : une nuit courte, une semaine pleine, le bruit. Sur les nuits : Insomnie en périménopause : pourquoi on se réveille la nuit.

→ Écrivez au lieu de retenir. Ce que vous posez sur le papier, votre tête n'a plus à le porter.

Et si la peur est là, dites-la à votre médecin, avec vos notes. Elle mérite d'être entendue.

Et si le brouillard n'était pas nouveau ?

Certaines femmes ont toujours dû s'organiser plus que les autres pour ne rien oublier : des listes partout, des rappels, des mails relus deux fois. De l'extérieur, rien ne se voyait. Elles appelaient ça être consciencieuse.

Quand les hormones bougent, ces stratégies pourraient ne plus suffire, et le brouillard paraître soudain. Derrière, il pourrait parfois y avoir un fonctionnement neuroatypique jamais identifié, un TDAH, un TSA ou un haut potentiel HPI, que des années de compensation auraient rendu invisible. Les deux études citées ici ne portent sur aucun d'eux.

Ce n'est qu'une hypothèse, et elle ne se tranche pas sur un article : le diagnostic relève du médecin.

Si le brouillard recouvre autre chose

Hormones, fonctionnement TDAH ou TSA jamais identifié, ou les deux : c'est ce que je démêle au cabinet, avec certaines femmes que j'accompagne.

Le médecin explore et prescrit. Mon travail, c'est ce qu'on met en place au quotidien pour soutenir le corps et le cerveau, avec ou sans traitement : les rythmes et le sommeil, l'alimentation, le souffle, la régulation du système nerveux, et la compréhension de son propre fonctionnement. En complément du suivi médical, jamais à sa place. Tout est sur la page périménopause et ménopause.

Une amie vous parle de ses oublis ? Envoyez-lui cet article.

Sources

Greendale GA, Huang MH, Wight RG, Seeman T, Luetters C, Avis NE, Johnston J, Karlamangla AS. Effects of the menopause transition and hormone use on cognitive performance in midlife women. Neurology. 2009;72(21):1850-1857. doi.org/10.1212/WNL.0b013e3181a71193

Karlamangla AS, Lachman ME, Han W, Huang M, Greendale GA. Evidence for Cognitive Aging in Midlife Women: Study of Women's Health Across the Nation. PLOS ONE. 2017;12(1):e0169008. doi.org/10.1371/journal.pone.0169008

Gardez cet article pour le jour où la peur revient.

Prenez soin de vous,

Amélie

Cet article ne remplace pas un avis médical.


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